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  • Rue Soufflot@4

    JSeul dans la chambre de bonne.

    Le plafond est bas.
    La lumière passe à travers le rideau mince, sale, presque transparent.

    Le corps est lourd.
    Pas fatigué — lourd.

    Il n’y a personne.
    Pas d’appel.
    Pas de message.
    Le téléphone reste muet sur la table.

    La veille a déjà disparu.
    Elle aussi.

    Aucune image ne revient.

    Le lit occupe presque toute la pièce.
    Un carré de survie.

    Je m’allonge de nouveau.

    Le sommeil seul me sauve.

    Pas comme refuge tendre.
    Pas comme consolation.

    Comme extinction provisoire.

    Quand je dors, le problème cesse.
    Il n’y a plus de “je”.
    Plus de manque.
    Plus de question.

    Je dors vingt heures.

    Non par choix.
    Par gravité.

    Le monde continue derrière les murs.
    Des pas dans l’escalier.
    Une porte qui claque.
    Une chasse d’eau.

    Je ne participe pas.

    Dans le sommeil, je me dissous.
    C’est propre.
    Sans violence.

    Quand j’ouvre les yeux — brièvement — la lumière a changé.
    Matin. Puis soir. Puis matin encore.

    Le temps passe sans moi.

    Je me rendors.

    Le sommeil est plus réel que la veille.
    Il ne demande rien.
    Il ne rappelle rien.

    Dans la chambre de bonne, il n’y a plus qu’un corps immobile,
    respirant lentement,
    attendant que le monde cesse d’exiger une identité.

    Et pendant ces vingt heures,
    je n’existe presque plus.


     

  • Rue Soufflot@3

    Lumière grise.

    Les yeux s’ouvrent — sans décision.

    Aucun nom ne vient.
    Aucune histoire ne remonte.
    Aucune continuité.

    Seulement sensation brute.

    Corps allongé.
    Poids.
    Froid léger sur la peau.

    Le plafond : surface neutre.
    Sans signification.

    À côté — un volume.
    Chaleur résiduelle.
    Mais aucun lien ne se forme.

    Pas de mémoire de la nuit.
    Pas d’image.
    Pas de visage.

    Le cerveau cherche — ne trouve pas — abandonne.

    Silence intérieur.

    Le “je” ne revient pas.

    Respiration.
    Inspiration. Expiration.
    Fonction minimale.

    Le monde n’est pas hostile.
    Il est absent.

    Aucune douleur précise.
    Aucune peur claire.
    Seulement déréliction — sans mot pour la nommer.

    Le corps se redresse lentement.
    Mécanique.

    La pièce apparaît : lit, mur, fenêtre.
    Objets sans valeur.
    Sans appel.

    Derrière, sur le lit, l’autre forme reste immobile — déjà lointaine, déjà sans rapport.

    Aucun geste d’adieu.
    Aucune nécessité.

    Se lever.
    Marcher.
    Ouvrir.

    L’air froid entre.

    Dehors, la ville existe.
    Indifférente. Stable.

    Dedans : presque rien.

    Pas une tristesse.
    Pas un vide douloureux.
    Plutôt — absence de centre.

    Comme si l’existence avait perdu son propriétaire.

    Le corps avance malgré tout.
    Fonctionne.
    Traverse.

    Sans récit.
    Sans témoin.
    Sans nom.


     

  • Rue Soufflot@2

     


    Après.

    Aucun mouvement.

    La chaleur disparaît sans lutte.
    Le corps redevient masse.

    Respiration lente.
    Automatique.

    Plus de désir.
    Plus de pensée formulée.
    Plus d’image.

    Le moment précédent n’existe déjà plus.

    Aucune mémoire active.
    Aucune signification.

    Deux formes séparées dans l’obscurité — sans relation.

    Le monde continue sans eux.

    Le cerveau réduit son activité.
    Silence intérieur.
    Zone neutre.

    Le “je” se retire.Avant mon chibre de son vagin etroit,,,,

    Rien à dire.
    Rien à retenir.
    Rien à attendre.

    Elle ne touche plus.
    Il ne cherche plus.
    Aucun geste ne naît.

    La pièce devient espace vide.
    Les corps, simples présences thermiques, perdent lentement leur excès de chaleur.

    Temps.

    Sans narration.
    Sans témoin.
    Sans trace.

    Même la preuve d’avoir existé s’efface.

    Il ne reste pas un vide douloureux.
    Seulement absence.

    Pas d’appel.
    Pas de manque.
    Pas de retour.

    Rien.