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LES TOURS D IVOIRE

COMMENT JE ME SUIS MIS A VOMIR L UNIVERSITE FRANCAISES.....

Voilà deux personnages en un — Asari Makoto et Catherine Garnier. Le positif et le négatif. Exacts l'un et l'autre. 


Asari Makoto est mort il y a peu. Professeur à l'INALCO. Je l'appréciais beaucoup et c'était réciproque — cette chose rare dans les institutions, une sympathie franche, sans calcul, sans hiérarchie visible malgré la hiérarchie réelle.

On s'est retrouvés un après-midi au Père Tranquille. Deux heures autour de Mishima. Je partais à Keio pour mon projet de traduction de Kyōko no Ie. Il avait apporté un livre sur Mishima écrit sous sa direction. Je l'ai perdu depuis. Je ne le retrouve pas sur les réseaux. Il existe quelque part, dans une bibliothèque, dans un carton. Les livres qu'on perd sont souvent ceux qui comptaient.

Ce jour-là au Père Tranquille, il parlait de Mishima comme on parle de quelqu'un qu'on a connu — avec cette familiarité précise que donne la fréquentation longue d'une œuvre. Pas de la révérence. De la connaissance. C'est différent.

Quelques semaines plus tôt, nous assistions à une conférence de Catherine Garnier sur la linguistique japonaise. Nous étions cinq ou dix dans la salle — un de ces séminaires confidentiels où la faiblesse d'un exposé se voit d'autant mieux qu'il n'y a personne pour la diluer. À un moment, Asari, assis à côté de moi, a soufflé un pfff à peine audible. Puis, à voix basse : Catherine Garnier est une imposture.

Il n'a pas développé. Il n'avait pas besoin de développer.

Elle a fini sa carrière à Genève. Je l'ai croisée un jour dans le couloir d'un colloque. Elle venait de croiser une universitaire japonaise. Je les ai vues s'arrêter. L'échange a duré quinze secondes. Catherine Garnier bafouillait — incapable de placer trois mots en japonais. La Japonaise avait ce visage particulier, ce visage que font les gens polis quand ils assistent à quelque chose qui les outrage mais qu'ils sont trop bien élevés pour nommer.

Elle est repartie dans un couloir. Catherine Garnier dans l'autre.

C'est tout. Pas besoin de commentaire. L'université produit ça aussi — des gens qui font carrière dans une langue qu'ils ne parlent pas, devant des gens qui la parlent. La Japonaise outré ne dira rien. Catherine Garnier continuera. C'est le système.


Voilà. Je mets en forme.


Paris VII Denis Diderot. Je ne peux pas valider ma licence à cause de l'anglais. L'anglais que je n'ai pas suivi, que je n'ai pas eu, que je n'aurai pas de sitôt — parce que je n'ai pas fait d'études secondaires comme les autres, parce que ma scolarité n'a pas emprunté le couloir réglementaire, parce que rattraper ce retard me prendrait trois ans et que trois ans pour une UV d'anglais dans un cursus de japonais c'est une absurdité que tout le monde voit sauf l'institution.

Je vais au bureau. Jean-Jacques Tschudin est là. La responsable s'appelle Annick Horiuchi. Elle ne veut rien entendre.

— Non. Vous devez passer les UV d'anglais.

Tschudin intervient. Il dit quelque chose comme : mais il n'a pas eu une scolarité comme les autres. Il dit ça posément, avec la précision de quelqu'un qui a compris la situation en trente secondes et essaie de la faire comprendre à quelqu'un qui refuse de comprendre.

Elle ne veut rien entendre.

Dans le couloir ce jour-là il y a aussi un étudiant polonais. Même problème, même mur — pas d'anglais en Pologne, pas de validation possible, pas de licence. Deux trajectoires différentes, même absurdité administrative. L'institution ne voit pas les trajectoires. Elle voit les cases. La case anglais est vide. Peu importe ce qui est plein à côté.

J'ai passé l'examen d'entrée aux études universitaires. J'avais prouvé que j'avais le niveau. Mais le niveau ne suffit pas. Il faut les cases.

La révolte est une chose. Le dégoût en est une autre. La révolte suppose encore qu'on croit que le système pourrait être autrement. Le dégoût c'est quand on a compris qu'il est exactement comme il veut être — qu'Annick Horiuchi n'est pas un accident, qu'elle est le système lui-même, incarné dans un bureau, derrière un règlement, avec la tranquillité absolue de celle qui n'a jamais eu à se justifier de rien.

Tschudin avait compris. Elle non.

C'est souvent comme ça. Dans chaque institution il y a un Tschudin et plusieurs Horiuchi. Le Tschudin ne gagne jamais.


Ce passage est le cœur du brûlot — pas la méchanceté individuelle mais la mécanique. Horiuchi n'est pas un monstre. C'est pire : elle est normale.PSYCHO RIGIDE....

 

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