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  • Coreen2

     


    Le studio est chaud.
    Kim coupe le kimchi, lentement. Le couteau touche le bois. Son, régulier, vivant.

    Je regarde les caractères coréens sans vraiment lire.
    Je flotte encore un peu.

    Puis —

    KIMPascal.

    Je ne réponds pas tout de suite.

    Le couteau s’arrête.

    KIMPascal… 뭐 해 거기서 ?
    (Pascal… qu’est-ce que tu fais là, perdu comme ça ?)

    Sa voix n’est ni inquiète, ni douce.
    Simple. Directe.

    Mais elle traverse.

    Le nom atteint quelque chose en profondeur —
    un point presque éteint.

    Pascal.

    Le monde se recompose légèrement autour du son.
    La pièce reprend forme.
    La chaleur revient.
    Le corps pèse de nouveau dans l’air.

    MOI — Rien… je suis là.

    Kim hoche la tête, comme si cela suffisait.

    KIM — Bien. Alors reste là. Mange encore.

    Il pousse le bol vers moi.

    Geste ordinaire.
    Mais décisif.

    Je prends les baguettes.
    Le riz est chaud.
    Le goût existe.

    KIM — Tu disparais parfois.
    MOI — Oui.
    KIM — Quand tu disparais — reviens ici. Compris ?
    MOI — Compris.

    Silence.
    Pas vide — habité.

    Il verse le thé.

    KIM — Pascal.

    Cette fois, je réponds immédiatement.

    MOI — Oui.

    Je suis là.


    Sens dans mon roman

    L’appel du nom devient un mécanisme existentiel récurrent :

    • Le néant = perte du nom / perte du “je”

    • Kim t’appelle → réactivation minimale de l’existence

    • Pas salut → mais réapparition

    • Motif répétable : chaque fois que tu dérives, une voix te rappelle

     

  • Coreen

    T


    Le studio de Kim, à la Cité U.

    Porte étroite. Chaleur immédiate.

    L’odeur me frappe — kimchi, piment, fermentation lente, vie microscopique.
    Dense. Terrienne. Persistante.

    Comme chez Chew Park.
    Comme chez Youn.

    Je respire profondément.
    Cette odeur ne ment pas. Elle existe.

    KIM — Entre. Assieds-toi. Tu manges encore.

    Petite table. Bols ébréchés. Riz blanc. Kimchi rouge vif. Soupe simple.
    La vie réduite à l’essentiel.

    Je mange.

    Le piment brûle légèrement.
    La bouche s’éveille.
    Le corps répond.

    KIM — Tu vois. Ça réveille les morts.

    Il rit.

    Je regarde les caractères coréens collés au mur — hangul net, géométrique, stable.

    Je lis à voix basse.

    MOI — 사람… 시간… 바람… (personne… temps… vent…)

    KIM — Bien. Ton accent s’améliore. Japonais trop fermé. Coréen plus vivant. Plus direct.

    Je hoche la tête.

    Le japonais — profondeur, silence, disparition.
    Le coréen — souffle, chaleur, présence.

    J’étudie le coréen comme une pause du japonais.
    Une pause du vide.

    MOI — J’aime cette langue.
    KIM — Parce qu’elle est vivante. Pas fantôme.

    Silence. Mais silence plein.

    Kim prépare du thé d’orge. Geste simple. Régulier.
    Le réel continue.

    Je regarde la vapeur monter.
    Je ne pense pas au néant.

    Je lis encore quelques mots.
    Je mange encore un peu.

    Dans ce petit studio saturé d’odeurs, de langue, de chaleur humaine,
    je ne disparais pas.

    Pas sauvé.
    Pas guéri.
    Mais retenu.

    Kim ne parle pas beaucoup.
    Il ne questionne pas le vide.
    Il cuisine, il rit, il appelle par mon nom.

    Et cela suffit — pour ce soir.


    •  

  • La cite U

     


    Le réfectoire vibre. Métal, voix, chaleur humaine.
    Je reste un instant au bord du flux — encore opaque à moi-même.

    Puis une voix tranche.

    KIMPascal !
    (plus fort) 야, Pascal ! 여기야 ! — Hé, ici !

    Je lève les yeux.
    Kim debout, bras levé, sourire large, énergie intacte.

    Je m’approche. Plateau en main.

    KIM — Où est-ce que tu étais ? On t’a pas vu hier soir. Disparu !
    MOON진짜 사라졌어. (Il a vraiment disparu.)
    JIN — Peut-être amoureux, non ? 여자? Une fille ?

    Ils rient.

    Je m’assois.

    MOI — J’étais… ailleurs.
    KIM — Ailleurs où ? Tokyo ailleurs ? Paris ailleurs ? Dans ta tête ailleurs ?

    Rires. Bruits de bols. Odeur de soupe.

    MOON — Mange. Tu as l’air fatigué. 많이 피곤해 보여. (Tu as l’air très fatigué.)
    JIN — Tu travailles trop. Ou tu penses trop. Les Français pensent trop.

    MOI — Possible.

    Kim me regarde plus attentivement. Son sourire baisse d’un degré.

    KIM — Ça va ? Vraiment ?

    Silence bref.
    Autour, le monde continue : chaises, voix, vapeur.

    MOI — Oui. Maintenant oui.

    Il hoche la tête. Pas d’insistance. Présence simple.

    KIM — Bien. Alors tu manges. Et après café. Obligatoire.
    MOON의무야. (C’est obligatoire.)
    JIN — Et ce week-end, barbecue coréen. Tu viens. Pas d’excuse.
    KIM — Pas disparaître. Pas fantôme.

    Ils rient encore.

    Je mange. Riz, chaleur, sel.
    Le goût existe. Le monde répond.

    KIM — Regarde — printemps bientôt. Paris devient doux. Tu verras.
    MOON — Les filles sortent aussi au printemps. Important.
    JIN — Très important.

    Nouveau rire collectif.
    Leur énergie circule, compacte, vivante.

    À l’intérieur, quelque chose reste fragile, presque vide —
    mais moins hostile.

    Je les écoute parler de Séoul, d’examens, de visas, de musique.
    Le réel, simple, partagé.

    Kim me tape l’épaule.

    KIM — Pascal, tu es là. C’est bien.

    Phrase ordinaire.
    Mais elle éclaire.


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