Le Japon en fêtes
Coreen
T
Le studio de Kim, à la Cité U.
Porte étroite. Chaleur immédiate.
L’odeur me frappe — kimchi, piment, fermentation lente, vie microscopique.
Dense. Terrienne. Persistante.
Comme chez Chew Park.
Comme chez Youn.
Je respire profondément.
Cette odeur ne ment pas. Elle existe.
KIM — Entre. Assieds-toi. Tu manges encore.
Petite table. Bols ébréchés. Riz blanc. Kimchi rouge vif. Soupe simple.
La vie réduite à l’essentiel.
Je mange.
Le piment brûle légèrement.
La bouche s’éveille.
Le corps répond.
KIM — Tu vois. Ça réveille les morts.
Il rit.
Je regarde les caractères coréens collés au mur — hangul net, géométrique, stable.
Je lis à voix basse.
MOI — 사람… 시간… 바람… (personne… temps… vent…)
KIM — Bien. Ton accent s’améliore. Japonais trop fermé. Coréen plus vivant. Plus direct.
Je hoche la tête.
Le japonais — profondeur, silence, disparition.
Le coréen — souffle, chaleur, présence.
J’étudie le coréen comme une pause du japonais.
Une pause du vide.
MOI — J’aime cette langue.
KIM — Parce qu’elle est vivante. Pas fantôme.
Silence. Mais silence plein.
Kim prépare du thé d’orge. Geste simple. Régulier.
Le réel continue.
Je regarde la vapeur monter.
Je ne pense pas au néant.
Je lis encore quelques mots.
Je mange encore un peu.
Dans ce petit studio saturé d’odeurs, de langue, de chaleur humaine,
je ne disparais pas.
Pas sauvé.
Pas guéri.
Mais retenu.
Kim ne parle pas beaucoup.
Il ne questionne pas le vide.
Il cuisine, il rit, il appelle par mon nom.
Et cela suffit — pour ce soir.