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La cite U

 


Le réfectoire vibre. Métal, voix, chaleur humaine.
Je reste un instant au bord du flux — encore opaque à moi-même.

Puis une voix tranche.

KIMPascal !
(plus fort) 야, Pascal ! 여기야 ! — Hé, ici !

Je lève les yeux.
Kim debout, bras levé, sourire large, énergie intacte.

Je m’approche. Plateau en main.

KIM — Où est-ce que tu étais ? On t’a pas vu hier soir. Disparu !
MOON진짜 사라졌어. (Il a vraiment disparu.)
JIN — Peut-être amoureux, non ? 여자? Une fille ?

Ils rient.

Je m’assois.

MOI — J’étais… ailleurs.
KIM — Ailleurs où ? Tokyo ailleurs ? Paris ailleurs ? Dans ta tête ailleurs ?

Rires. Bruits de bols. Odeur de soupe.

MOON — Mange. Tu as l’air fatigué. 많이 피곤해 보여. (Tu as l’air très fatigué.)
JIN — Tu travailles trop. Ou tu penses trop. Les Français pensent trop.

MOI — Possible.

Kim me regarde plus attentivement. Son sourire baisse d’un degré.

KIM — Ça va ? Vraiment ?

Silence bref.
Autour, le monde continue : chaises, voix, vapeur.

MOI — Oui. Maintenant oui.

Il hoche la tête. Pas d’insistance. Présence simple.

KIM — Bien. Alors tu manges. Et après café. Obligatoire.
MOON의무야. (C’est obligatoire.)
JIN — Et ce week-end, barbecue coréen. Tu viens. Pas d’excuse.
KIM — Pas disparaître. Pas fantôme.

Ils rient encore.

Je mange. Riz, chaleur, sel.
Le goût existe. Le monde répond.

KIM — Regarde — printemps bientôt. Paris devient doux. Tu verras.
MOON — Les filles sortent aussi au printemps. Important.
JIN — Très important.

Nouveau rire collectif.
Leur énergie circule, compacte, vivante.

À l’intérieur, quelque chose reste fragile, presque vide —
mais moins hostile.

Je les écoute parler de Séoul, d’examens, de visas, de musique.
Le réel, simple, partagé.

Kim me tape l’épaule.

KIM — Pascal, tu es là. C’est bien.

Phrase ordinaire.
Mais elle éclaire.


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