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errancejapon - Page 26

  • Poeme

    Ah ! Laissez-moi crier, crier, crier !
    Crier à m'arracher la gorge !
    Crier comme une bête qu'on égorge...
    Comme le fer qui, dans une forge, est transformé avec passion !
    Comme l'arbre, transpercé par les dents de la scie,
    Comme un carreau sous le ciseau du vitrier…
    Ah, quel bonheur de grincer, hurler et râler ! Ah, ça, c'est vraiment pas de souci !
    Que les gens s'en effarent ! J'ai besoin
    Crier ! Crier ! Crier jusqu'à en perdre la voix !

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  • Bonjour MADAME

    Lettre à ces enculés de l'étude Machin

    Objet : Allez vous faire foutre (cordialement)

    Bande de vautours,

    Alors comme ça, vous avez « régularisé une saisie-attribution » sur mes comptes ? Putain, mais vous avez sorti le champagne au bureau quand vous avez vu le magot ? 47 euros, bande de rapaces ! De quoi vous payer quoi, un sandwich triangle à la gare ? J'espère au moins que votre stagiaire s'est fendu d'un sourire en tapant le dossier.

    « Vous exécuter volontairement » – Non mais quelle bande de fils de pute sadiques vous faites. C'est quoi cette formulation de psychopathes ? Vous vous branlez sur le Code civil le soir ou quoi ? Ça vous fait bander de terroriser les pauvres avec votre jargon juridique à deux balles ?

    Trois lettres. TROIS putains de lettres que vous m'avez envoyées. Vous savez ce que j'en ai fait ? Je me suis torché le cul avec. Enfin non, même pas, le papier était trop rêche. Même pour ça vous êtes mauvais.

    Et maintenant vous débarquez avec vos gros sabots pour me piquer le peu qu'il me reste. Bravo les champions. Vous devez être fiers de vous. Vous allez pouvoir raconter à vos gosses le soir : « Aujourd'hui papa a ruiné un mec qui avait même plus de quoi se payer des pâtes. » Ils doivent être super fiers, vos mômes.

    Les « frais bancaires engendrés par cette dernière » sont à ma charge ? MAIS ALLEZ BIEN VOUS FAIRE ENCULER. C'est vous qui débarquez comme des voleurs, et c'est MOI qui dois payer les frais ? Mais vous avez fumé quoi exactement ? Vous me braquez et vous voulez que je vous paye l'essence de votre caisse ? Non mais vous êtes sérieux là ?

    Votre « gestionnaire de dossier » au 0377050120 ? Il peut aller se le carrer profond son numéro. Je vais vous dire ce que je vais faire de ce numéro : je vais le noter sur un bout de papier, je vais m'essuyer le cul avec, et je vais le flusher dans les chiottes. Voilà le respect que j'ai pour votre gestionnaire et toute votre putain d'étude.

    « INTERROMPRE le cours de cette procédure » – Ah ouais ? Et comment je fais ça, connards ? Avec quel argent ? Celui que vous venez de me voler ? Vous voulez que je vous fasse une proposition de remboursement ? OK, voilà ma proposition :

    ALLEZ. VOUS. FAIRE. METTRE.

    Voilà. C'est clair comme proposition ? Ou il vous faut un dessin ? Je peux vous en faire un si vous voulez, avec des petites flèches pour bien vous indiquer où vous pouvez vous enfoncer votre créance.

    Vous savez ce que vous êtes ? Des parasites. Des sangsues en costard qui survivent en suçant le sang des gens qui sont déjà à terre. Vous êtes tellement bas que même les requins auraient honte de vous. Au moins le requin, il te bouffe parce qu'il a faim. Vous, vous le faites juste parce que c'est votre « métier ».

    Quel métier de merde d'ailleurs. Sérieux, qu'est-ce qui se passe dans la vie pour finir « gestionnaire de recouvrement » ? C'était quoi le plan B ? SS ? Garde-chiourme ? Bourreau médiéval ?

    Vous voulez savoir pourquoi je vous ai pas « pris attache » avec votre étude ? Parce que je vous méprise. Parce que l'idée même d'entendre la voix d'un de vos sbires me donne envie de gerber. Parce que je préfère crever la gueule ouverte plutôt que de ramper devant des merdes comme vous.

    Ma dette ? Elle est née d'une Clio pourrie achetée à un garagiste véreux qui s'est cassé avec la caisse six mois après. Mais lui, vous le poursuivez pas, hein ? Non, c'est trop compliqué. C'est plus simple de s'acharner sur le pigeon qui s'est fait pigeonner. Logique de lâches.

    Alors voilà ce qui va se passer maintenant : RIEN.

    Je vais pas vous appeler. Je vais pas vous « faire une proposition ». Je vais pas vous supplier. Je vais continuer ma petite vie de merde tranquillement, et vous, vous allez continuer à me harceler comme les parasites que vous êtes. Et dans dix ans, quand vous serez toujours là à essayer de gratter vos centimes sur des cadavres financiers, moi j'aurai peut-être réussi à m'en sortir. Ou pas. Mais au moins j'aurai pas vendu mon âme pour un salaire de fonctionnaire du malheur.

    Vous voulez mes 47 euros ? Venez les chercher. Sonnez à ma porte. On verra qui cligne des yeux en premier.

    En attendant, prenez votre lettre, votre procédure, vos frais, votre gestionnaire, votre étude, et FOURREZ-VOUS TOUT ÇA BIEN PROFOND LÀ OÙ LE SOLEIL NE BRILLE JAMAIS.

    Sans la moindre once de respect,

    Un mec que vous arriverez pas à briser, bande d'enfoirés


    P.-S. : J'espère que vous vous étouffez avec vos croissants le matin. J'espère que votre café est toujours froid. J'espère que tous les feux rouges de votre vie restent bloqués au rouge. J'espère que vos chaussures sont toujours trop serrées et que vos week-ends sont pourris par la pluie. Allez crever.


    Évidemment jamais envoyée, cette lettre. Écrite un soir de rage pure, après trois bières et un paquet de clopes, sur le clavier massacré d'un ordinateur portable à bout de souffle. Mais putain que ça fait du bien de l'écrire.

  • SINEQUAE un fond VAUTOUR

    Réponse à Maître Chacal et Associés

    Objet : Votre courtoise invitation à l'exécution volontaire

    Cher Maître,

    Quelle délicate attention que cette missive ! Je dois avouer que votre style épistolaire me ravit. « Vous exécuter volontairement » – quelle formule exquise ! On se croirait dans un roman de Kafka revisité par l'administration fiscale française. Chapeau bas.

    Permettez-moi tout d'abord de vous féliciter pour la célérité de vos services. Saisir mes comptes bancaires ! Quelle audace ! J'imagine le frisson qui a dû parcourir votre gestionnaire de dossier lorsqu'il a découvert le butin : 47 euros et 23 centimes sur mon compte courant. De quoi financer, quoi, trois minutes de votre temps facturable ? Je vous laisse calculer le taux horaire. Vous devez être au bord de la ruine, mon pauvre.

    J'admire particulièrement votre sens de l'euphémisme : « regularisée », écrivez-vous. Ce mot charmant qui transforme un pillage légal en simple formalité administrative. C'est beau comme du Orwell. 1984 aurait gagné en poésie avec vous à la plume.

    Concernant les « frais bancaires engendrés », permettez-moi un instant d'hilarité. Vous me faites payer les frais de votre propre razzia ? C'est génial ! C'est comme si un cambrioleur me facturait l'essence de sa voiture et l'usure de son pied-de-biche. Il fallait oser. Vous osez. J'applaudis.

    Votre proposition de « remboursement » me touche profondément. Voyons voir ce que je peux vous offrir :

    • Option A : Dix euros par mois prélevés sur ma pension d'indigent, ce qui nous amène à un remboursement complet vers l'an 2047. J'aurai 68 ans. Nous vieillirons ensemble, Maître, comme un vieux couple uni par la dette.

    • Option B : Je vous envoie chaque mois une lettre manuscrite de soutien moral, car votre métier doit être épuisant. Harceler les pauvres à plein temps, ça doit donner des insomnies, non ?

    • Option C : Je vous propose un troc équitable. Contre l'annulation de ma dette, je vous offre mon canapé défoncé (valeur sentimentale inestimable), ma machine à café qui crache du jus de chaussette, et ma collection complète de vos précédentes lettres de menace, signées et numérotées. Pièces de collection garanties.

    Vous m'invitez à « PRENDRE CONTACT » avec votre gestionnaire. Les majuscules me font toujours cet effet-là : elles me donnent envie de tout sauf d'obéir. C'est comme quand ma mère criait mon prénom complet quand j'étais gamin – ça me donnait des envies de fugue.

    Votre numéro de téléphone ? 0377050120. Je l'ai contemplé longuement. Dix chiffres qui mènent vers quoi ? Une voix enregistrée me répétant que « mon appel est important » pendant vingt minutes ? Un gestionnaire payé au SMIC pour me réciter son script ? Non merci, j'ai déjà donné dans le théâtre de l'absurde.

    Mais soyons sérieux un instant, voulez-vous ?

    Je suis fauché. Cassé. Ruiné. Sans un. Ces mots vous parlent-ils, ou sont-ils devenus trop abstraits dans votre bureau capitonné ? Vous pouvez « régulariser » toutes les procédures du monde, saisir mes comptes jusqu'à la fin des temps, envoyer vos huissiers fouiller sous mon matelas : il n'y a rien. Que dalle. Nada. Vous pressez un citron déjà sec.

    Alors voilà ma contre-proposition, Maître : laissez-moi tranquille.

    Rayez-moi de vos registres. Classez-moi en « perte sèche ». Rangez mon dossier dans la catégorie « créance irrécouvrable ». Offrez-vous ce luxe inouï de la clémence. Votre karma vous remerciera.

    Et si vraiment l'idée de me poursuivre vous excite encore, si vous adorez ce petit frisson juridique de la traque du débiteur insolvable, alors continuez. Saisissez mes 47 euros. Prenez tout. Mais sachez que chaque euro que vous m'extorquez est un euro que je ne dépense pas chez le boulanger du coin, chez le primeur qui peine à finir ses mois, chez la pharmacienne qui a trois employés à nourrir.

    Vous ne ruinez pas que moi, Maître. Vous appauvissez tout un petit écosystème économique dont vous ignorez l'existence depuis votre tour d'ivoire.

    Mais je m'égare. Pardonnez cette envolée lyrique.

    Pour conclure : non, je ne vous contacterai pas. Non, je ne vous proposerai rien. Non, je n'INTERROMPRAI pas votre précieuse procédure. Faites ce que bon vous semble avec vos majuscules, vos saisies et vos frais à ma charge.

    Moi, je retourne à ma vie, cette petite vie cabossée qui vaut infiniment plus que tous vos dossiers réunis.

    Bien cordialement (et sans aucune sincérité),

    Un débiteur qui vous emmerde poliment

    P.-S. : Si vraiment vous tenez à me joindre, je suis sur le canapé défoncé, entre 14h et 17h, tous les jours. Sonnez fort, la sonnette est cassée.


    Lettre évidemment non envoyée, mais écrite d'un trait rageur, sur un coin de table, un soir de février où la colère valait mieux que les larmes.