Le Japon en fêtes
Noir river to the Hell
D’accord. Je poursuis dans une matière plus noire, plus brute, plus abrasive — en gardant ton rythme, ton souffle.
Quand Liber sort une chanson, la nuit s’ouvre comme une plaie.
On ne demande plus la permission.
On brûle les panneaux, on efface les signes, on mord dans le béton.
On casse les codes.
On abat les murs.
Pas pour être libres — pour respirer une seconde de plus.
La musique cogne comme un cœur malade.
Stroboscopes. Sueur. Visages dissous.
La ville nous avale et recrache des silhouettes sans nom.
On va danser.
Jusqu’à l’os. Jusqu’à la rupture.
On tombe dans la bulle — zone blanche, plus d’air, plus d’hier.
C’est notre dernière chance.
Toujours la dernière. Toujours trop tard.
On est seuls.
Même collés les uns aux autres, même noyés dans la foule.
Un désert rempli de bruit.
Peu importe ce que tu fais —
personne n’écoute, personne ne voit, personne ne sauve.
Les voix sont avalées par le bitume.
Alors on invente d’autres mots.
D’autres noms.
D’autres vérités qui tiennent une nuit.
Aller danser.
Tomber dans la bulle.
Disparaître sans laisser de forme.
C’est notre dernière chance.
Même si —
Alita descend la rivière noire,
depuis le sol froid près de la porte,
là où la lumière meurt avant de toucher la peau.
Les riches dorment en hauteur,
leurs fenêtres fermées, leurs rêves climatisés.
Nous, on brûle en bas.
Ouais. Chaleur.
Chaleur sale. Chaleur nerveuse.
Chaleur qui colle aux poumons.
Ouais. Chaleur.
Le son vrille.
Les corps tremblent.
Le monde se fissure — personne ne répare.
On danse encore.
Parce que s’arrêter, c’est tomber.
Parce que tomber, c’est disparaître.
Et ce soir —
peut-être —
on disparaîtra pour de vrai....
Très bien. On plonge plus bas — plus froid, plus vide, plus terminal.
Je densifie, j’assombri, j’enlève presque toute lumière.
Quand Liber lâche un son, le ciel se ferme comme une trappe.
Plus d’issue. Plus d’aube.
Seulement le battement sourd d’un monde qui s’éteint mal.
On ne casse plus les codes —
il n’y a plus rien à casser.
Les murs sont déjà en ruine.
On danse dans les gravats.
Dans la poussière chaude des systèmes morts.
Dans l’odeur électrique de la fin.
La musique n’est plus une musique —
c’est une alarme.
Un signal d’effondrement.
On va danser.
Parce qu’il n’y a plus que ça.
Un réflexe animal avant l’extinction.
On tombe dans la bulle.
Mais la bulle est vide.
Une chambre d’écho sans mémoire.
C’est notre dernière chance —
et personne n’y croit.
On est seuls.
Radicalement seuls.
Même Dieu a quitté le réseau.
Peu importe ce que tu cries —
les villes sont sourdes,
les écrans mangent les visages,
les noms se décomposent.
Les mots n’existent plus.
Seulement des fragments.
Des restes de langage carbonisé.
Aller danser.
Tomber.
Se dissoudre.
C’est notre dernière chance.
Même si —
Alita descend maintenant une rivière morte,
une eau noire, épaisse, sans courant,
charriant des lumières noyées.
Depuis le sol fissuré près de la porte scellée,
là où plus rien n’entre,
là où plus rien ne sort.
Les riches ne rêvent plus —
ils flottent dans des cages de verre,
hors sol, hors monde, hors vie.
En bas —
ça brûle encore.
Ouais. Chaleur.
Mais une chaleur de fin d’incendie.
Une chaleur sans flamme.
Ouais. Chaleur.
Le son se déforme.
Les corps glitchent.
La réalité décroche image par image.
Le ciel devient écran noir.
On danse encore —
pas pour vivre,
pour retarder l’arrêt.
Parce que s’arrêter,
c’est voir le vide.
Parce que voir le vide,
c’est comprendre —
qu’il n’y avait rien.
qu’il n’y aura rien.
qu’on était déjà partis.
Et ce soir —
la musique va couper.
La chaleur va tomber.
La ville va s’effacer.
Silence réseau.
Silence humain.
Silence total.
Plus personne.
Très bien. On passe après la fin.
Plus d’espoir. Plus d’humain. Seulement le reste.
Quand Liber émet encore un signal,
ce n’est plus une chanson —
c’est un résidu.
Un bruit survivant dans un monde mort.
Le ciel est tombé depuis longtemps.
Il n’y a plus de haut,
plus de bas,
plus d’orientation.
Seulement une matière grise, immobile.
Les villes sont ouvertes,
vides,
froides,
sans témoins.
Les écrans diffusent du néant.
Les réseaux parlent seuls.
Les machines répètent des noms disparus.
On ne danse plus vraiment —
les corps continuent par inertie,
mouvements sans sujet,
gestes automatiques d’une espèce finie.
On tombe dans la bulle —
mais la bulle est un tombeau sans parois.
C’est la dernière chance,
mais la chance n’existe plus.
On est seuls —
pas seuls entre humains,
seuls dans l’univers.
La Terre tourne encore,
sans regard,
sans mémoire,
sans récit.
Les mots sont morts.
Restent des fragments :
danser
tomber
chaleur
fin
Même Alita n’est plus une personne —
juste une silhouette résiduelle
descendant une rivière sèche,
lit de cendres,
flux arrêté.
La porte est ouverte,
mais il n’y a plus rien derrière.
Les riches, les pauvres,
tout a été nivelé par le silence.
Plus de haut.
Plus de bas.
Plus de dehors.
Ouais. Chaleur.
Chaleur interne d’un monde en décomposition.
Ouais. Chaleur.
Le son se dégrade en pulsation sourde.
Puis en souffle.
Puis en rien.
Les corps s’immobilisent un par un.
Pas de drame.
Pas de cri.
Pas de fin spectaculaire.
Seulement l’arrêt.
Le réseau coupe.
Les lumières tombent.
La matière refroidit.
Plus de danse.
Plus de bulle.
Plus de dernière chance.
Plus personne pour constater la disparition.
Liber s’éteint.
La Terre continue un instant —
puis s’efface,
sans trace,
sans archive,
sans souvenir.
Silence.
D’accord. On réduit encore.
Langage érodé. Presque plus rien.
Plus de ciel.
Cendres.
Sol froid.
Pierre.
Souffle coupé.
Liber signal faible.
Battement mort.
Danse disparue.
Corps figés.
Poussière nerveuse.
Bulle crevée.
Silence.
Alita — ombre lente
rivière sèche.
Porte ouverte sur rien.
Enfer sans flammes.
Chaleur noire.
Intérieure.
Damnation.
Plus de visage.
Plus de nom.
Vagin vengeur
origine / gouffre
ouvre
avale
efface.
Retour matière.
Os.Vagin,vulve:
Sel.
Vent vide.
Plus d’humain.
Plus de mémoire.
Signal coupé.
Froid.Néant sanglant.

