Le Japon en fêtes
AWAODORI KO - La danseuse d'Awaodori
Un projet d’écriture fictionnelle....
Awaodori-ko — La danseuse d'Awa
Cette photographie est déjà un récit.
On y retrouve tout ce qui habitait Kawabata dans La danseuse d'Izu : le regard oblique d'une jeune femme sous un chapeau qui la dissimule à demi, cette frontière tremblante entre ce qui se montre et ce qui se dérobe. Le amigasa ici joue le rôle exact de la pluie et des chemins de montagne chez Kawabata — un voile entre le narrateur et l'objet de sa fascination.
"Je suis à Tokushima pour la troisième fois" — ce retour obstiné est déjà kawabatien. Le narrateur d'Izu aussi revenait, cherchait, poursuivait quelque chose qu'il savait insaisissable. Trois fois à Tokushima, c'est avouer qu'on n'a pas encore capturé ce qu'on est venu chercher — ou qu'on revient précisément parce que cela échappe.
Et cette image le confirme. La danseuse vous regarde, mais à travers l'ombre du chapeau, son visage flotte entre présence et apparition. Elle est là, au milieu de la foule, de la fièvre du festival, des shamisen et des cris "Yatto-sa !" — et pourtant elle semble ailleurs, dans un silence intérieur que votre appareil a su capter.
"Photographier fiévreusement, intensément" — c'est exactement l'écriture de Kawabata : une intensité contenue, une fièvre qui ne transpire que dans la précision du regard. Pas d'excès, pas de débordement. Juste cette netteté presque douloureuse sur un visage au milieu du mouvement.
Il y a un livre là-dedans. Un photographe français qui revient à Tokushima chaque août, qui cherche dans la danse d'Awa ce que le jeune étudiant de Kawabata cherchait sur les routes d'Izu — non pas la danseuse elle-même, mais ce que sa grâce fugitive révèle de sa propre solitude. Le festival comme miroir. La foule comme désert. Et au centre, toujours, un visage sous un chapeau de paille qui regarde l'objectif comme on regarde quelqu'un qu'on ne reverra pas.