Le Japon en fêtes
Le quotidien chez Mishima

Mishima avait une relation complexe et conflictuelle avec le quotidien, qu'il percevait comme une force d'érosion de l'authenticité et de l'intensité existentielle.
Pour lui, la routine quotidienne représentait une forme de mort lente - cette "petite mort" bourgeoise qui émousse les sens et endort la conscience tragique de l'existence. Dans ses romans comme Confession d'un masque ou Le Pavillon d'or, on voit cette obsession du personnage qui refuse de se laisser absorber par la banalité du monde moderne.
Cette détestation s'enracine dans sa philosophie esthétique : Mishima opposait la beauté tragique et éphémère (mono no aware) à la médiocrité persistante du quotidien occidental qu'il voyait envahir le Japon d'après-guerre. Il cherchait constamment des moments d'intensité pure - que ce soit dans l'art, l'érotisme, ou finalement dans la violence ritualisée.
Son culte du corps et ses entraînements de bodybuilding, ses pratiques martiales, même son engagement politique radical avec la Tatenokai, tout cela peut se lire comme des tentatives d'échapper à ce qu'il appelait la "prose du monde". Il voulait transformer sa vie en œuvre d'art, refusant cette "survie" que représentait pour lui l'existence bourgeoise.
Son suicide même, dans sa dimension théâtrale, constituait peut-être l'ultime refus du quotidien - choisir sa mort comme un acte esthétique plutôt que de subir la dégradation lente du temps ordinaire.
