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  • Akari

     


    CHAPITRE I — L’image

    Le matin commence toujours avant elle.

    La lumière entre sans demander.
    Elle ne la voit pas.
    Elle ne voit plus rien au réveil, seulement des surfaces qui attendent.

    Le téléphone vibre.
    Un message.
    Un autre.
    Une dizaine déjà.

    Call time 9:00. Studio B. Don’t be late.

    Elle lit.
    Elle ne comprend pas tout de suite.
    Les mots restent à distance, comme s’ils concernaient quelqu’un d’autre.

    Elle pose le téléphone.
    Regarde ses mains.

    Elles sont là.

    C’est déjà suffisant.


    Dans la salle de bain, le miroir est trop précis.

    Il ne ment pas encore.
    Pas complètement.

    Elle s’approche.

    Le visage apparaît.
    Ou plutôt : une forme.

    Elle attend quelque chose.
    Un signe.
    Une reconnaissance.

    Rien.

    Alors elle reproduit.

    Le geste appris.
    Très tôt.

    Le léger sourire.
    L’inclinaison de la tête.
    Le regard qui ne fixe pas vraiment.

    Là.

    Oui.

    Ça, c’est elle.

    Ou ce qui en tient lieu.


    Le taxi traverse Tokyo sans la regarder.

    Elle non plus ne regarde pas.

    Les immeubles défilent comme des images déjà vues.
    Tout est déjà image.

    Elle pense — ou croit penser — que quelque chose a commencé comme ça.

    Un jour.

    Sans rupture.

    Sans événement.

    Simplement :
    le moment où elle a cessé d’habiter son corps
    pour entrer dans sa représentation.


    Le studio est blanc.

    Trop blanc.

    Une blancheur qui absorbe tout.
    Même les voix.

    Ohayō gozaimasu.

    Elle s’incline.
    Automatique.

    Ils sont déjà là.
    Maquilleuse.
    Photographe.
    Assistant.
    Un homme qu’elle ne connaît pas.

    On lui parle.

    Elle écoute.
    Elle ne retient rien.

    Son nom circule dans la pièce.
    Mais ce nom ne désigne personne.


    On la maquille.

    On touche son visage.
    On corrige.

    Peau.
    Lumière.
    Ombre.

    On reconstruit.

    Elle ferme les yeux.

    C’est plus simple.

    Dans l’obscurité, elle disparaît presque complètement.
    Il ne reste qu’une sensation :
    quelque chose qui est manipulé.

    Pas un corps.

    Une surface.


    Akari, ready?

    Elle ouvre les yeux.

    Le plateau.

    Le fond blanc.

    La lumière.

    Toujours cette lumière.

    Elle avance.

    Chaque pas est exact.
    Mesuré.

    Appris.


    Smile.

    Elle sourit.

    Instantanément.

    Sans délai.

    Sans pensée.

    Le sourire arrive avant elle.


    Le déclic.

    Un autre.

    Encore.

    Le corps change légèrement.
    Une épaule.
    Une hanche.
    Le regard.

    Chaque variation est connue.

    Répertoriée.

    Archivées quelque part — mais pas en elle.


    More natural.

    Plus naturel.

    Elle ajuste.

    Elle reproduit une idée du naturel.

    Ce que le photographe appelle naturel.

    Ce que le public attend du naturel.


    À un moment, quelque chose glisse.

    Presque rien.

    Un retard.

    Une fraction de seconde.

    Le sourire arrive trop tard.

    Ou trop tôt.

    Elle ne sait pas.

    Mais elle le sent.

    Une dissonance.


    It’s okay, take your time.

    Prendre son temps.

    Elle hoche la tête.

    Mais le temps ne lui appartient pas.

    Le temps est déjà pris.

    Découpé.
    Vendu.
    Distribué.


    Elle pense à son visage.

    Sans miroir.

    Sans retour.

    Existe-t-il encore ?


    Le photographe s’approche.

    Très près.

    Il ajuste une mèche.

    Ses doigts frôlent sa joue.

    Il dit quelque chose.

    Elle ne comprend pas.

    Ou ne veut pas comprendre.


    Le déclic continue.

    Le corps fonctionne.

    Parfaitement.

    Mieux que jamais.


    À l’intérieur, quelque chose se retire.

    Pas violemment.

    Pas comme une chute.

    Plutôt comme une marée basse.

    Lentement.

    Inévitablement.


    Elle se voit.

    Soudain.

    Pas dans le miroir.

    Dans l’image.

    Projetée sur l’écran de contrôle.


    C’est elle.

    Parfaitement.

    La peau.
    La lumière.
    Le sourire.

    Tout est là.

    Tout est juste.


    Mais ce n’est pas elle.


    Ou alors :

    c’est uniquement là qu’elle existe.


    Le photographe est satisfait.

    Il montre l’écran.

    Beautiful.

    Elle s’incline.

    Arigatō gozaimasu.


    Le mot sort.

    Correct.

    Poli.

    Vide.


    Elle regarde encore l’image.

    Plus longtemps.

    Un peu trop longtemps.


    Quelque chose la traverse.

    Une pensée sans forme.


    Si cette image existe…

    si elle est regardée…

    si elle est désirée…


    alors peut-être que cela suffit.


    Peut-être que c’est cela, être là.


    Le reste n’est pas nécessaire.


    On continue.

    Une autre tenue.

    Une autre lumière.

    Un autre sourire.


    Le corps répond.

    Toujours.


    Mais désormais, elle sait.

    Ou pressent.


    Que quelque chose ne reviendra pas.


    Et que personne ne le remarquera.


    Silence.

    Déclic.

    Silence.

    Déclic.


    Le monde tient dans ce rythme.


    Et elle, quelque part, en dehors.


    Ou exactement dedans.


    Elle ne sait plus.


     

  • Gravure IDOLE

     

     

    « J'ai toujours voulu faire du gravure modeling, mais j'attendais le bon moment », a confié Koda au magazine. « J'ai changé d'agence et décidé de changer de nom, alors j'ai pensé que ce serait formidable si davantage de personnes pouvaient découvrir une facette différente de moi. »

    La séance photo réalisée par le photographe de gravure  Chikashi Kasai met particulièrement en valeur ses cuisses et ses fesses, ainsi que ses yeux envoûtants.


     

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  • LAUTREAMONT

    Perception des Chants de Maldoror au Japon
Approche critique avec références japonaises
    L’œuvre d’Isidore Ducasse, dit Lautréamont, et plus particulièrement Les Chants de Maldoror, a connu au Japon une réception singulière, dont les modalités diffèrent sensiblement des cadres interprétatifs européens. Introduit dans le contexte des avant-gardes, notamment via les travaux de Nishiwaki Junzaburō, Maldoror s’inscrit dans une histoire japonaise du surréalisme où la question de la perception occupe une place centrale.Comme l’ont montré plusieurs interventions lors du colloque international Lautréamont à Tokyo (2023), les chercheurs japonais — tels que Yamamoto Tetsuji ou Kuroda Akira — privilégient une lecture perceptive du texte, centrée sur les modes d’apparition des images et la déstabilisation du sujet.
    Les métamorphoses présentes dans Maldoror trouvent un écho dans les analyses inspirées par la philosophie de Nishitani Keiji, où la dissolution des frontières entre les êtres renvoie à une pensée du néant (mu).La question du regard peut être articulée avec la théorie lacanienne (Lacan, Séminaire XI), mais aussi avec des esthétiques japonaises de l’effacement du sujet, comme l’ont montré les travaux de Karatani Kōjin sur la modernité et la perception.Cependant, la violence spécifique de Maldoror — « je fais servir mon génie à peindre les délices de la cruauté » — introduit une tension irréductible. C’est dans cet écart que se joue la réception japonaise contemporaine.
    Bibliographie sélective
    — Lautréamont, Les Chants de Maldoror
— Lacan, Jacques, Le Séminaire, Livre XI
— Nishitani Keiji, La religion et le néant
— Karatani Kōjin,Origines de la littérature japonaise moderne
— Nishiwaki Junzaburō, essais surréalistes
— Actes du colloque Lautréamont, Tokyo, 2023