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Miss Oyu Kenji Mizoguchi

Synopsis

Miss Oyu raconte l'histoire de Shinnosuke, en quête d'une épouse. Le jour où lui est présentée Oshizu, il s'éprend de sa sœur Oyu, une jeune veuve. Ne pouvant se marier avec cette dernière, il choisit d'épouser Oshizu. Les rapports entre les trois personnages, pris entre le carcan des conventions sociales et la force de leurs passions, évoluent sous le regard d'une caméra les saisissant dans leur intimité.

Bien que veuve, les conventions empêchent Oyu de se remarier, car elle reste liée à son défunt mari par l'enfant qu'ils ont eu ensemble. Le mariage entre Shinnosuke et Oshizu aura bien lieu, mais Oshizu décidera que c'est sa sœur Oyu qui profitera des faveurs de Shinnosuke.

La source : Tanizaki réinventé

Le film est tiré du roman Ashikari (Le Coupeur de roseaux) de Jun'ichirō Tanizaki, publié en 1932.Mizoguchi et son fidèle scénariste Yoshikata Yoda en font cependant une œuvre radicalement différente. En supprimant le récit enchâssé du roman — où l'histoire d'Oyu est une histoire dans l'histoire, narrée lors d'une fête de contemplation de la lune —, Mizoguchi rend le récit à la fois plus direct et plus distant, nous donnant un accès immédiat aux personnages tout en les privant de la caution sentimentale de l'original.


Le triangle : une géométrie de l'impossible

Miss Oyu est un film qui n'a rien d'autre à montrer et à décrire que la folie des élans sincères et empêchés, la tragédie des rapports accouchant de relations contrariées et consenties. L'amour n'est pas ici la conséquence programmatique d'une convention sociale, c'est un monstre peu visible, une schizophrénie illisible pour la société qui en aura pourtant accouché.

Ce qui rend ce triangle si vertigineux, c'est que chaque sommet aime et détruit simultanément les deux autres. Dans un film où les familles détruisent l'amour et les vies individuelles, c'est l'amour sororal et désintéressé qui donne à Miss Oyu sa puissance transgressive. Oshizu n'est pas simplement la sacrifiée passive du récit — elle en est la figure la plus mystérieuse et, à bien des égards, la plus puissante.


Kinuyo Tanaka : l'ambiguïté magnétique

La performance de Tanaka est électrisante d'ambiguïté : dans quelle mesure Oyu connaît-elle le désir de Shinnosuke pour elle ? Quelles sont ses véritables motivations pour pousser Shizu à l'épouser ? Il y a quelque chose de Lady Macbeth dans sa façon de se glisser auprès des personnages, violant toute bienséance pour parvenir à ses fins.

Paradoxalement, le scénariste Yoda reconnaît lui-même que Kinuyo Tanaka coïncidait mal avec l'idée que l'on pouvait se faire d'Oyu : son interprétation a déformé l'image de l'héroïne, faisant qu'on ne distinguait plus ce qui la différenciait d'Oshizu — elles n'étaient plus que deux amantes de Shinnosuke. Ce "raté" de distribution produit pourtant quelque chose de troublant que le roman ne contient pas.


La mise en scène : architecture de la contrainte

Mizoguchi est ici un féministe de gauche, et, comme dans une grande partie de son œuvre tardive, le film habille d'une beauté somptueuse une critique acérée des relations humaines mutilées par les "règles odieuses" des institutions sociales — en particulier celle de la famille. Il montre comment les émotions réprimées se dévient en perversité, en traumatisme psychologique et physique, et finalement en solitude et en mort. Ces institutions sont matérialisées dans une architecture qui confine et sépare les individus.

Aux longs plans lumineux d'extérieurs idylliques succèdent des moments de crise où le système de cloisonnements de l'habitat japonais trahit la paradoxale fragilité des mœurs ancestrales. La caméra de Kazuo Miyagawa — directeur de la photographie génial qui collaborera avec Mizoguchi jusqu'à L'Intendant Sansho — transforme chaque couloir, chaque shoji, chaque jardin en métaphore d'une liberté impossible.


La dernière image : adieu à un monde

La dernière séquence, où l'on voit Shinnosuke disparaître dans la brume d'un étang éclairé par une lune blafarde — symbole de mélancolie dans la tradition nippone —, résonne comme la conclusion désespérée d'une tragédie individuelle, mais aussi comme un adieu à la noblesse d'une manière de vivre.

Miss Oyu est ainsi un film double : le portrait impitoyable d'une société qui broie ceux qui refusent de plier, et l'élégie mélancolique d'un monde — l'ère Meiji finissante — où la beauté des formes ne cachait que la cruauté des règles.

 

Miss Oyu (Kenji Mizoguchi, 1951) - La Cinémathèque française

 

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