Le Japon en fêtes
Mystere

Le mystère
Je n'en reviens pas, c'est trop mystérieux — que la pluie qui tombe des nuages noirs brille comme de l'argent.
Je n'en reviens pas, c'est trop mystérieux — que le ver à soie qui mange les feuilles vertes du mûrier, devienne blanc.
Je n'en reviens pas, c'est trop mystérieux — que la fleur du soir, que personne n'a touchée, s'ouvre toute seule, d'un coup, sans bruit.
Je n'en reviens pas, c'est trop mystérieux — que tous ceux à qui je demande pourquoi se mettent à rire et me disent : « Mais c'est tout à fait normal. »
Ce poème est l'un des plus célèbres de Misuzu, et l'un de ses plus philosophiques. Quelques notes :
- La structure anaphore (私は不思議でたまらない, répétée quatre fois) est le cœur battant du poème. J'ai choisi « Je n'en reviens pas, c'est trop mystérieux » pour garder à la fois l'émerveillement et l'obstination de l'enfant qui insiste, qui revient sans cesse avec la même question.
- 「ぱらりと」 — cette onomatopée merveilleuse décrit le mouvement léger et soudain de la fleur qui s'ouvre. « D'un coup, sans bruit » essaie de capter cette délicatesse.
- La chute est la plus belle : l'enfant trouve mystérieux que les adultes trouvent tout cela normal. Le vrai mystère, pour Misuzu, c'est d'avoir cessé de s'émerveiller. C'est tout son art résumé en quatre strophes.
- 「夕顔」 (yūgao) est la Lagenaria siceraria ou « belle-de-nuit » / « fleur du soir », une plante grimpante qui s'ouvre au crépuscule — présente aussi dans le Dit du Genji.