Le Japon en fêtes
DEPRESSION MELANCOLIQUE
En écrivant et en lisant....étranger a moi même
Rosanne Abdulla, La représentation de la mélancolie et de la dépression dans quatre textes français de l'extrême contemporain, Université de Waterloo, 2018.
La question centrale est simple et radicale : comment la littérature raconte-t-elle la tristesse ? Est-ce qu'elle le fait de la même façon que la clinique psychiatrique — et si non, qu'ajoute-t-elle que la clinique ne peut pas dire ?
Abdulla travaille sur quatre romans français contemporains, tous à la première personne, tous narrés de l'intérieur de l'état mélancolique ou dépressif : Philippe Labro (Tomber sept fois, se relever huit, 2003, autobiographie d'une dépression nerveuse), Olivier Adam (À l'abri de rien, 2007), Marina de Van (Passer la nuit, 2011), Justine Lévy (Rien de grave, 2004). Elle croise trois types d'outils — psychanalytiques (Freud, la mélancolie comme deuil impossible), psychiatriques (DSM, CIM, critères cliniques), et sociologiques (Ehrenberg, la fatigue d'être soi).
Sa thèse se déploie en trois axes, qui sont aussi trois façons dont la mélancolie déforme l'expérience :
Axe 1 — La perception du monde. Le mélancolique vit dans un temps cassé. Le présent est faux, le passé ne passe pas, le futur est une promesse vide qu'il se fait pour survivre. L'espace lui-même devient hostile — il y a une coupure spatiale qui redouble la coupure émotionnelle. Le chez-soi n'est plus un refuge : c'est une scène vide.
Axe 2 — La perception d'autrui. Les autres font peur. Leur regard est une menace (ce qu'Abdulla appelle le looking-glass self — on se voit à travers ce qu'on croit que les autres voient). Les relations oscillent entre besoin absolu de soutien et impossibilité d'accepter ce soutien. L'amour et l'amitié deviennent des sources de dissonance, pas de réconfort.
Axe 3 — La perception de soi. C'est le cœur freudien : l'autocritique sans fin, les "reproches contre soi", la honte, le masochisme psychique. Le mélancolique s'est approprié une faute qui ne lui appartient pas forcément — mais il ne peut plus s'en défaire. Abdulla distingue ici entre la mélancolie (terme littéraire et psychanalytique, état vague, non diagnostiqué) et la dépression (terme médical, diagnostiqué, avec critères DSM). Cette distinction est précieuse : Emiko relève de la mélancolie au sens d'Abdulla —
Rosanne Abdulla, La représentation de la mélancolie et de la dépression dans quatre textes français de l'extrême contemporain, Université de Waterloo, 2018.
La question centrale est simple et radicale : comment la littérature raconte-t-elle la tristesse ? Est-ce qu'elle le fait de la même façon que la clinique psychiatrique — et si non, qu'ajoute-t-elle que la clinique ne peut pas dire ?
Abdulla travaille sur quatre romans français contemporains, tous à la première personne, tous narrés de l'intérieur de l'état mélancolique ou dépressif : Philippe Labro (Tomber sept fois, se relever huit, 2003, autobiographie d'une dépression nerveuse), Olivier Adam (À l'abri de rien, 2007), Marina de Van (Passer la nuit, 2011), Justine Lévy (Rien de grave, 2004). Elle croise trois types d'outils — psychanalytiques (Freud, la mélancolie comme deuil impossible), psychiatriques (DSM, CIM, critères cliniques), et sociologiques (Ehrenberg, la fatigue d'être soi).
Sa thèse se déploie en trois axes, qui sont aussi trois façons dont la mélancolie déforme l'expérience :
Axe 1 — La perception du monde. Le mélancolique vit dans un temps cassé. Le présent est faux, le passé ne passe pas, le futur est une promesse vide qu'il se fait pour survivre. L'espace lui-même devient hostile — il y a une coupure spatiale qui redouble la coupure émotionnelle. Le chez-soi n'est plus un refuge : c'est une scène vide.
Axe 2 — La perception d'autrui. Les autres font peur. Leur regard est une menace (ce qu'Abdulla appelle le looking-glass self — on se voit à travers ce qu'on croit que les autres voient). Les relations oscillent entre besoin absolu de soutien et impossibilité d'accepter ce soutien. L'amour et l'amitié deviennent des sources de dissonance, pas de réconfort.
Axe 3 — La perception de soi. C'est le cœur freudien : l'autocritique sans fin, les "reproches contre soi", la honte, le masochisme psychique. Le mélancolique s'est approprié une faute qui ne lui appartient pas forcément — mais il ne peut plus s'en défaire. Abdulla distingue ici entre la mélancolie (terme littéraire et psychanalytique, état vague, non diagnostiqué) et la dépression (terme médical, diagnostiqué, avec critères DSM). Cette distinction est précieuse : Emiko relève de la mélancolie au sens d'Abdulla — une tristesse qui ne se laisse pas encore nommer cliniquement, qui résiste au diagnostic, qui vit dans l'espace du littéraire.