Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Rupture....France-Japon

Danseuse nuque .jpeg

 


Ligne de chute — Y. (seconde fracture)

La première fois, j’avais vu sa chute.

La seconde fois, j’ai vu la mienne.

Je croyais revenir vers une possibilité.
Je revenais vers une illusion.

Cette nuit — police, porte ouverte, valise, rue vide — a clos ce qui n’était déjà plus vivant. Il n’y eut ni rupture spectaculaire, ni explication, ni résolution.

Seulement une évidence :

Certains liens ne se brisent pas — ils s’épuisent.

Y. disparut de ma vie comme s’efface une trace dans l’eau.
Sans haine. Sans pardon actif. Sans retour.

La ligne des chutes continuait :

Structure — Nova.
Relation — Y.
Projet — Boutique.
Racine — Père.

Il ne restait plus que moi — sans appui stable — et pourtant encore en mouvement.

C’est dans cet espace vide que commence réellement la suite.


MES VIES JAPONAISES

Chapitre 5 — Entre deux mondes

Je suis revenu en France — mais pas vraiment revenu.

Le corps était là.
Pas le centre.

Les jours passaient — lents, neutres, sans relief. Rien ne résistait. Rien n’appelait. Une vie en surface, presque administrative.

Je n’avais pas échoué — mais je n’étais nulle part.


Le temps suspendu

Je vivais dans un intervalle.

Ni départ.
Ni arrivée.
Ni projet réel.

Je marchais beaucoup. Villes françaises, rues familières, paysages connus — mais tout semblait légèrement distant, comme si je traversais un décor déjà quitté intérieurement.

Les conversations restaient en surface. Les gens parlaient d’avenir, de travail, de stabilité. Ces mots ne produisaient plus rien en moi.

Quelque chose avait changé — définitivement :

Je ne croyais plus à la stabilité.


Le vide

Le vide n’était pas douloureux.
Il était dense.

Un espace sans direction — mais habitable.

Je lisais.
Je marchais.
Je restais souvent silencieux.

Pas de dépression claire.
Pas d’élan non plus.

Simplement — suspension.

Et dans cette suspension, parfois, un mouvement très discret apparaissait :

Le Japon.

Pas comme un souvenir.
Comme une présence.


L’appel

Il n’y avait pas de décision.

Seulement un retour progressif d’une orientation intérieure : marcher, repartir, traverser encore. Non pour réussir. Non pour réparer. Mais parce que quelque chose, là-bas, correspondait à ce que j’étais devenu après les pertes.

Le Japon n’était plus un lieu exotique.
C’était un espace compatible.

Je ne voulais plus y aller pour découvrir — mais pour continuer.


Lentement

Le mouvement revint — presque imperceptible.

Premiers projets.
Premières démarches.
Premières directions réelles.

Pas d’enthousiasme.
Pas de peur.

Une forme plus calme : nécessité.

Je savais maintenant que le retour, le vrai, ne dépendrait plus d’une personne, d’une structure ou d’un projet fragile — mais d’un déplacement intérieur déjà accompli.


Avant la suite

Entre deux mondes, on apprend ceci :

Rien ne presse.
Rien n’attend.
Mais certaines directions persistent — même après l’échec, même après la chute.

C’est dans ce temps vide que mon lien avec le Japon s’est transformé :

De désir → en orientation.
D’attachement → en trajectoire.

Je ne revenais plus chercher quelque chose.
Je revenais parce que mon chemin — désormais — passait par là.

Et deux ans plus tard, dans la chaleur, le bruit, la foule, le mouvement collectif — quelque chose d’autre allait s’ouvrir :

Le Japon vivant.
Les corps.
Les saisons.
Les matsuri.


 

Les commentaires sont fermés.