Le Japon en fêtes
Kaneko Misuzu
Encore une suicidee.....si tu vois c'qu j'veux dire....

Ce poème de Kaneko Misuzu s'intitule 弁天島 (Bentenjima) — l'île de Benten, du nom de la déesse bouddhiste Benzaiten.Lac de Kyoto. C'est un poème charmant qui raconte la peur enfantine qu'un marin étranger emporte une petite île.
L'île de Benten
« Elle est bien trop jolie, cette île, trop jolie pour rester ici — je l'emporte, attachée à un câble. »
C'est ce qu'a dit un jour, en riant, un marin venu du pays du Nord.
C'est un mensonge, rien qu'un mensonge, je le savais bien, et pourtant, la nuit était si noire que j'y pensais sans cesse,
et au matin, le cœur battant, j'ai couru jusqu'au bord de la plage.
L'île de Benten flottait sur les vagues, enveloppée de lumière dorée, et sa verdure était toujours là.
Quelques notes sur les choix de traduction :
- 「北のお国の船乗り」 (un marin du pays du Nord) : j'ai gardé l'expression telle quelle, qui évoque un étranger lointain et un peu mystérieux, peut-être un marin venu du Tōhoku ou de plus loin encore.
- 「あまりかわいい島だから / ここには惜しい島だから」 : le double mouvement est intéressant — l'île est trop mignonne (kawaii) et c'est du gâchis (oshii) qu'elle reste ici. J'ai traduit par la répétition « trop jolie… trop jolie pour… » pour garder l'écho.
- 「もとの緑でありました」 : la chute est d'une grande douceur — « sa verdure était toujours là », le soulagement de l'enfant qui constate que rien n'a changé.
- Le rythme du poème oscille entre l'angoisse nocturne et la lumière rassurante du matin, typique de Misuzu.