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Shiori Ito

Le 12 décembre 2025, après des années de retard, de controverse et de débats publics houleux, le documentaire acclamé de la journaliste Shiori Ito, Black Box Diaries (ブラックボックス・ダイアリーズ), sortira enfin au Japon. Pour beaucoup, cela marque non seulement une étape importante pour une seule survivante, mais aussi un moment de vérité pour une société longtemps critiquée pour sa mauvaise gestion des violences sexuelles.Alors âgée de 26 ans, Shiori Ito est journaliste. Un soir, elle rejoint Noriyuki Yamaguchi - biographe du premier ministre Shinzo Abe - au restaurant pour un dîner d'affaires. Quelques heures plus tard, elle se réveille dans une chambre d'hôtel, en train de se faire violer.

 

 

 

Site officiel :https://www.shioriito.com/

La boîte noire

C'était en avril 2015. Si la jeune femme porte plainte, l'inculpation de Yamaguchi  son violeur est annulée au dernier moment, avant que l'affaire ne soit classée sans suite par la justice. Ito a fait de sa lutte une affaire publique lors d'une conférence de presse en 2017. La même année, elle publie un livre sur son parcours pour faire entendre son témoignage. Cela déclenche le mouvement MeToo japonais. Elle filme aussi sa bataille juridique, jour après jour. C'est un vieux réflexe qu'elle a gardé de ses années de journaliste. Le résultat, Black Box Diaries, est un documentaire nommé aux Oscars. Il sort au cinéma mercredi 12 mars 2025. 

Plus de 70 % des agressions sexuelles commises dans le pays ne sont pas signalées. Selon une étude publiée en 2024 dans l'International Journal of Asian Studies, sur 1 000 viols au Japon, seuls 10 à 20 aboutissent à une condamnation pénale – et moins de la moitié des violeurs condamnés sont incarcérés. Dans Black Box Diaries, Shiori Ito relève un autre chiffre, non moins effrayant : seules 4 % des victimes arrivent à déposer plainte. Une donnée qui fait écho à son propre combat contre les institutions japonaises, et notamment sa police, qui en 2015 la décourage de porter plainte, ou lui demande de reconstituer la scène du viol subi. Une humiliation supplémentaire dans le parcours de la jeune femme.

Former television news reporter Noriyuki Yamaguchi speaks during a... News  Photo - Getty ImagesNORIYUKI YAMAGUCHI

 

Noriyuki Yamaguchi

Noriyuki Yamaguchi est un journaliste japonais controversé, notamment connu pour ses positions politiques conservatrices et pour avoir été au centre d'une affaire judiciaire très médiatisée au Japon.

Carrière professionnelle

Yamaguchi a travaillé comme journaliste pour TBS (Tokyo Broadcasting System), l'une des principales chaînes de télévision japonaises. Il s'est spécialisé dans les questions de politique étrangère et a notamment couvert des sujets liés à Washington et aux relations internationales du Japon. Il est également auteur de plusieurs ouvrages et chroniqueur.

Il est reconnu pour être proche du Premier ministre Shinzo Abe et de ses cercles politiques, ce qui lui a valu d'être perçu comme un journaliste aligné avec le gouvernement conservateur japonais.

L'affaire judiciaire

Yamaguchi est devenu particulièrement connu à l'international en 2017 lorsque Shiori Ito, une journaliste japonaise, l'a publiquement accusé de viol. Cette affaire a marqué un tournant dans le mouvement #MeToo au Japon :

  • Shiori Ito a affirmé que Yamaguchi l'avait agressée sexuellement en 2015
  • Les poursuites pénales n'ont pas abouti, ce qui a suscité de vives critiques sur le système judiciaire japonais
  • En 2019, un tribunal civil a condamné Yamaguchi à verser des dommages et intérêts à Shiori Ito
  • L'affaire a mis en lumière les difficultés des victimes d'agressions sexuelles au Japon et le courage nécessaire pour porter plainte dans une société où ces questions restent taboues

Impact culturel

Cette affaire a contribué à lancer un débat public au Japon sur le harcèlement sexuel, les agressions et la culture du silence qui entoure ces questions dans la société japonaise.

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La journaliste est formelle : quand on lui refuse le dépôt de plainte sans même l'écouter, elle n'a d'autre choix que de traiter cette affaire comme elle le ferait d'un article qui ne la concerne pas. Elle n'a pas l'intention de se laisser faire : elle va enquêter et faire la vérité savoir. Car pour elle, être journaliste, c'est « dire la vérité ». C'est un fait : elle le répète comme un mantra pendant toute la première moitié du film. Avec ses maigres moyens, elle initie un combat sans merci : enregistrements audios, caméras cachées, récupération d'images de caméras de surveillance, interviews, comptes-rendus filmés où elle se présente comme un sujet d'étude captivant.

Shiori Ito, Black Box Diaries © Star Sands Cineric Creative Hanashi Films

 

Dès l’enfance, la curiosité de la jeune Shiori Itō, née en 1989, détonne dans son collège public en périphérie de Tokyo. «J’étais déjà une fautrice de trouble », relève-t-elle, presque amusée. « Ma mère devait présenter des excuses auprès des élèves et des professeurs pour mon comportement, car je posais des questions pendant les cours. » Issue d’une famille de la classe ouvrière, aînée d’une fratrie de trois enfants et amoureuse de la savane depuis sa découverte du Roi Lion (1994), elle cultive une envie d’ailleurs.En Amérique, l’étudiante rencontre Yamaguchi, alors directeur d’une chaîne de télévision à Washington. De retour à Tokyo, prétextant une proposition de poste, il l’invite à un dîner professionnel, la drogue et la viole dans une chambre d’hôtel.Shiori Itō : « Une diffusion de mon film au Japon serait plus importante pour moi qu’être nommée aux Oscars »

À Paris, le 3 février 2025.
© Maxime Sirvins

 

Quand je suis allée voir la police, à l’époque, les agents n’avaient pas de tests pour savoir si j’avais été droguée. Je savais que je n’avais pas tant bu et je me suis demandé comment il était possible que je ne me souvienne de rien. Je savais aussi que je n’étais pas consentante. Je voulais enquêter sur ce dont je ne me souvenais pas, en interrogeant ceux qui auraient pu me croiser ce soir-là, comme le chauffeur de taxi qui nous a conduits à l’hôtel, mon agresseur et moi. Au fur et à mesure, j’ai compris que la vérité avait différents aspects et que chacun pouvait avoir sa vision.

e ne sais toujours pas comment le pouvoir s’est impliqué, notamment pour empêcher, à la dernière minute, l’arrestation de mon agresseur. Le fait que quelqu’un puisse être arrêté ou ne pas être arrêté grâce à des faveurs du pouvoir est grave. Le parti de Shinzō Abe, le Parti libéral-démocrate (PLD), n’a quasiment pas quitté le pouvoir depuis la Seconde Guerre mondiale. Si nous n’avons pas les moyens de poser la question de son implication et de savoir ce qui s’est passé, cela peut se reproduire. Ce n’est pas sain. Je sais que les Japonais ont du mal à réagir à mon cas, mais ils doivent avoir en tête que ça peut arriver à n’importe qui.

 

裸で泳ぐ
Swim Naked

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À vingt-cinq ans, elle a pris la parole. À trente-trois ans, elle revient sur son parcours.

Dans ce recueil d'essais tant attendu, Shiori Ito, la journaliste qui a déclenché le mouvement #MeToo au Japon, raconte la vie qui a suivi : les jours « d'après ».

Avec une honnêteté brûlante, elle capture les émotions soudainement libérées, les liens d'amitié fragiles mais indéfectibles, les moments précieux passés en famille et les connexions inattendues qui ont émergé en cours de route.

Portrait profond et intime de la résilience, Swim Naked révèle comment une femme, dépouillée de tout, a fini par redécouvrir sa propre voix, simplement en étant elle-même.

 

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