Le Japon en fêtes
Nakahara Chuuya
Nakahara Chūya (中原中也, 1907-1937) est l'un des poètes japonais modernes les plus importants et influents.
Vie et contexte
- Né à Yamaguchi, mort très jeune à 30 ans de la tuberculose
- Vie marquée par la tragédie personnelle (mort de son fils en bas âge)
- Époque Taishō et début Shōwa - période de modernisation intense du Japon
Style poétique
- Mélange unique de lyrisme traditionnel japonais et de modernisme occidental
- Influencé par le symbolisme et le dadaïsme français
- Poésie très musicale, mélancolique, parfois désespérée
- Thèmes récurrents : la solitude, la mort, l'enfance perdue, l'aliénation
Œuvres principales
- Yagi no uta (山羊の歌, "Chansons de chèvre", 1934) - son recueil le plus célèbre
- Arishi hi no uta (在りし日の歌, "Chansons des jours passés", publié posthume en 1938)
Héritage
- Redécouvert après-guerre, devenu extrêmement populaire
- Influence majeure sur la poésie japonaise contemporaine
Poèmes majeurs :
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"Asa no uta" (朝の歌, "Chant du matin") - considéré comme l'un de ses chefs-d'œuvre
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"Asei" (汚れつちまつた悲しみに...) - également considéré comme un chef-d'œuvre
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"Soir embrasé" - particulièrement apprécié pour sa fluidité et son harmonie extraordinaires
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"Été" et "Les Os" - poèmes appréciés du recueil Chansons de chèvre
Caractéristiques de sa poésie :
- Il traduisit certains poèmes de Baudelaire et de Francis Carco, ainsi que Rimbaud
- Poésie très musicale avec des images naturelles (collines, lune, saisons)
- Thèmes mélancoliques et introspectifs
- Le recueil "Poèmes" traduit par Yves-Marie Allioux aux éditions Philippe Picquier, qui contient 66 poèmes avec des textes critiques.
Chuya n’a jamais abandonné le dadaïsme dans sa poésie mais l’esthétique symboliste qu’il rencontre dans la poésie française du 19e siècle commence à prendre racine dans ses œuvres.
Dans les années 1920, il devient traducteur de littérature française et se concentre sur la traduction des poèmes de Verlaine, Baudelaire et Rimbaud.
Chuya doit énormément au plus grand critique littéraire KOBAYASHI Hideo. C’est lors d’une de leurs rencontres qu'i décide de consacrer sa vie à la poésie.
En 1934, il publie finalement son premier volume, après avoir essuyé de nombreux rejets. Il publie également dans des magazines littéraires.
Les quelques années entre la publication de son premier volume et sa mort ne sont pas tout à fait joyeuses. Il se marie malgré ses moyens de subsistances plus qu’insuffisants, il continue d’écrire et de publier dans des revues prestigieuses, mais la mort de son premier enfant, Fumiya, le jette dans une dépression dont il ne se remettra jamais. Sa douleur immense influencera bon nombre de ses poèmes écrits à cette époque.
A Kyôto il rencontre la femme qui scellera son destin,Hasegawa Yasuko (1904-1993). Chûya et Yasuko, une
actrice débutante qui avait trois ans de plus que lui,se mettent à vivre ensemble à l’insu de leurs parents
et de leurs familles. Un an après, en 1925, Chûya qui avait alors dix-huit ans monte à Tôkyô avec Yasuko,
et tout de suite c’est la rupture.
A Kyôto s’était produite une autre rencontre décisive. Celle du poète Tominaga Tarô (1901-1925), qui
avait six ans de plus que Chûya, et était venu passer des vacances chez un de leurs amis communs. Tominaga fait
alors connaître à Chûya Rimbaud et la poésie symboliste
française. On pourrait voir comme une trace de cette rencontre dans un cahier de poèmes dada composés par
Chûya alors qu’il avait dix-sept ans et où il recopie Le Bateau ivre dans la traduction d’Ueda Bin (1874-1916).
Rimbaud, de même que Verlaine, n’a pas seulement exercé une influence capitale sur la poésie de Nakahara
Chûya. Car, plus tard, c’est à Chûya que reviendra la gloire d’avoir été le premier au Japon à traduire presque
toutes les Poésies de Rimbaud, après avoir étudié le français de façon quasi autodidacte. Mais ce ne sont pas
là les seuls liens qui rapprochent Chûya de Rimbaud :par la précocité de son talent, sa façon indépendante et
peu orthodoxe de vivre, ses rapports ambigus avec le catholicisme, et jusqu’à sa mort prématurée, les points
de ressemblance sont si nombreux que l’on a pu appelerNakahara Chûya le Rimbaud japonais.
Soir d’un jour de printemps
Les toitures de zinc ont croqué leurs biscuits de riz
Ce soir d’un jour de printemps est si doux…
Par en dessous, poussières de base-ball, blêmissent des cendres
Ce soir d’un jour de printemps est si calme…
Tiens ! Un épouvantail ? – Mais non, voyons !
Le cheval hennit ? – Mais non, aucun hennissement !
N’y aurait-il seulement pour suivre la clarté visqueuse de la lune
Que docile ce soir d’un jour de printemps ?
Petits points perdus dans les champs les sanctuaires rougeoient
Les essieux des carrioles perdent de l’huile
Et moi, moi qui parle dans un présent « historique »
Voici que se moquent, se moquent de moi ciel et montagnes
Une tuile s’est détachée
Dès cet instant ce soir d’un jour de printemps
Bien que muet part en avant
Pour regagner le centre de son propre sang.