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Ұлжан Байбосынова, la voix rauque de la steppe

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Ұлжан Байбосынова, la voix rauque de la steppe

Dans la tradition kazakhe, certaines voix semblent venir d'une autre époque. Celle de Ұлжан Байбосынова est de celles-là : un chant guttural, tendu, qui porte les récits épiques de la steppe. Elle fait partie de ces artistes qui ont rendu une place à un art ancien, le jyrau, dans le monde contemporain.

Qu'est-ce que le jyrau ?

Le jyrau (жырау) désigne à la fois un poète-chanteur et l'art épique qu'il pratique. Il récite ou chante de longs récits héroïques, des généalogies et des conseils adressés aux puissants, souvent accompagné de la dombra, le luth à long manche kazakh. Cette tradition est partagée par de nombreux peuples turciques, qui parlent de bakhshi ou d'akyn selon les régions.

Ұлжан Байбосынова l'a rappelé elle-même en 2018 au festival « Ұлы Дала елі » à Almaty : la poésie du jyrau remonte à l'époque des Saces, et la tradition est commune aux peuples turciques. Elle a aussi souligné que, dans la région du Syr-Daria (province de Kyzylorda), la tradition se transmet de génération en génération, de père en fils, de maître à élève.

Une formation à l'école du Syr-Daria

L'école du Syr-Daria est l'un des grands foyers de cet art. Ұлжан Байбосынова en est diplômée et fut l'élève du célèbre Бидас Рустембеков. Dans ce monde de transmission orale, le nom du maître compte autant que le diplôme : il inscrit l'artiste dans une lignée vivante.

Une femme dans un art d'hommes

Le jyrau a longtemps été une affaire d'hommes. Ұлжан est l'une des premières femmes de sa génération à maîtriser cette forme, avec un récitatif guttural et rauque pour dire la poésie orale kazakhe. Son parcours s'inscrit dans un mouvement plus large : les artistes féminines ont joué et jouent encore un rôle clé dans la vie sociale d'Asie centrale.

Elle s'est aussi distinguée comme poétesse. L'agence Kazinform la présente comme poétesse et interprète de jyrau, titulaire du titre de « Заслуженный деятель Казахстана ».

La scène internationale

Washington, 2012

En octobre 2012, elle a participé aux concerts « Bardic Divas », donnés les 5, 6 et 7 octobre en collaboration avec l'ambassade du Kazakhstan et l'Aga Khan Music Initiative. Ces concerts accompagnaient l'exposition Nomads and Networks à la Freer Sackler Gallery du Smithsonian. Elle y chantait en s'accompagnant à la dombra, aux côtés de la chanteuse Ardak Issataeva et de la joueuse de fiddle kazakhe Raushan Orazbaeva. Ces artistes figurent aussi dans la collection CD/DVD Music of Central Asia de Smithsonian Folkways, et ont participé au festival River of Music, à Londres, lors des Jeux olympiques.

Un disque de référence

Sa discographie comprend Bardic Divas: Women Voices in Central Asia (Smithsonian Folkways, 2007). Pour qui découvre l'art du jyrau, c'est une excellente porte d'entrée.

Termez, le grand prix

Elle a remporté le grand prix du premier festival international de l'art bakhshi (jyrau) à Termez, en Ouzbékistan, avec le jyr « Көрұғлы ». Plus de 5 000 spectateurs étaient présents. Көрұғлы (Koroglu) est l'un des grands héros épiques du monde turcique, et ce choix de répertoire montre bien l'ambition de son art. Elle a dit sa joie d'avoir représenté dignement son pays. L'agence la décrit comme l'une des meilleures interprètes au monde de ce chant guttural traditionnel.

Pourquoi regarder ses vidéos

Un jyr se vit. Le souffle, le rythme de la dombra, la tension du visage et le regard ne passent qu'à moitié dans un texte ou un enregistrement audio. C'est pourquoi une collection de vidéos, comme celle que prépare le site kaharman.kz, a toute sa raison d'être : elle conserve la performance dans son entier. Quelques pistes de lecture pour les spectateurs :

  • Écouter la voix : le timbre rauque est un choix esthétique hérité de la tradition, pas un accident.
  • Suivre la dombra : l'instrument ne se contente pas d'accompagner, il rythme le récit.
  • Retenir les noms : héros, ancêtres, lieux. Le jyr est aussi une mémoire collective.
  • Comparer les contextes : concert de salle, festival, scène internationale. L'artiste n'y adapte pas son art de la même façon.

Attention aux homonymes

Le nom Байбосынов est répandu au Kazakhstan. Le chanteur Кайрат Байбосынов, artiste du peuple et lauréat du Prix d'État, est une autre personnalité. Le joueur de football Нурдаулет Байбосынов n'a aucun lien avec elle. Et la série musicale « Ұлжан » diffusée sur Freedom Media est une fiction qui n'a rien à voir avec sa biographie. Pour le référencement du site comme pour la clarté des lecteurs, mieux vaut toujours associer son nom aux mots « жырау » ou « jyrau ».

Conclusion

Ұлжан Байбосынова incarne une tradition qui refuse de devenir une pièce de musée. Formée à l'école du Syr-Daria, elle a porté le jyrau des scènes d'Almaty à celles de Washington, de Londres et de Termez. Ses vidéos permettent de la voir et de l'entendre telle qu'elle est : une voix de la steppe, singulière et ancienne, tournée vers le présent.


Ұлжан Байбосынова — portrait d'une voix

Il y a des artistes qu'on présente par leurs titres. Ұлжан Байбосынова se présente par un souffle : un timbre rauque, profond, presque arraché à la terre, qui n'a rien de la douceur qu'on attend d'une voix de femme. C'est le timbre du jyrau, le barde épique de la steppe kazakhe, et elle l'a pris pour elle.

Une lignée avant tout

Dans l'art du jyrau, on dit d'abord de qui l'on tient son savoir. Ұлжан est diplômée de l'école de jyrau du Syr-Daria et élève du célèbre Бидас Рустембеков. Cette région de la province de Kyzylorda a gardé une tradition que, selon ses propres mots, les maîtres transmettent à leurs élèves, parfois de père en fils, de génération en génération. Chez elle, le talent vient après la filiation.

La femme qui entre dans un art d'hommes

Le répertoire du jyrau a longtemps été réservé aux hommes. Le Smithsonian le dit sans détour : elle est l'une des rares Kazakhes à porter en public le répertoire des jyrau, poèmes courts comme longues épopées. Le programme Aga Khan pour la musique va plus loin : les femmes jyrau étaient rares, et elle est devenue un modèle très visible pour une génération de jeunes femmes qui bousculent les frontières de genre dans la musique kazakhe.

Ce rôle de pionnière n'a rien de revendicatif dans sa manière. Elle ne plaide pas, elle chante, et le répertoire parle pour elle.

Ce qu'on entend quand elle chante

Un concert de Ұлжан commence par un бастау, le poème d'ouverture. Dans le programme de Washington, ce passage est ainsi expliqué : chaque jyrau possède un bastau, chanté avant les poèmes plus longs pour appeler l'inspiration et créer le lien avec l'auditoire. À Washington, elle a choisi un texte de Жиенбай-жырау (1864–1929).

Elle s'accompagne elle-même à la dombra, ce luth à long manche aux cordes de boyau, dont la pulsation donne à la récitation sa marche, un peu comme le pas d'un cheval. Au-dessus, la voix racle, appuie, retient. Ce n'est pas un chant pour plaire, mais pour dire.

Trois scènes d'une carrière

Les festivals de l'Aga Khan. Elle a participé à ce programme musical en 2004, 2005, 2006, 2008, 2009, 2012, 2013 et 2014. Huit années de présence sur dix ans : c'est ainsi que se construit une réputation internationale, par la fidélité plus que par l'éclat.

Washington, octobre 2012. Elle donne le concert « The Bardic Divas » au Freer Gallery of Art, avec Ardak Issataeva à la voix et à la dombra, et Raushan Orazbaeva au qobyz, le violon kazakh. La même soirée a fait entendre une chanson lyrique d'amour impossible, un küi attribué à Korkyt, et ses propres pages d'oralité épique.

Termez, Ouzbékistan. Au premier festival international de l'art bakhshi, elle remporte le grand prix avec le jyr « Көрұғлы », et la victoire est saluée par le dirigeant du pays voisin lors de l'ouverture de l'Année du Kazakhstan en Ouzbékistan. Elle a dit alors sa fierté d'avoir représenté dignement son pays.

Une parole sur la tradition

Quand elle s'exprime hors de la scène, Ұлжан parle de continuité. En 2018, à Almaty, elle rappelle que la poésie du jyrau remonte aux temps des Saces et que cette tradition est commune aux peuples turciques, et que la tenir en ville a du sens, puisque tous les chemins passaient par là. Pour elle, le jyrau ne relève pas de la nostalgie. Il est vivant parce qu'on continue de le transmettre.

Les titres

L'agence Kazinform la désigne comme poétesse et interprète de jyrau, titulaire du titre de « Заслуженный деятель Казахстана » et membre du bureau politique du parti Nur Otan. Elle la place parmi les meilleures interprètes au monde de ce chant guttural traditionnel, une technique propre aux peuples turciques.

En écho

Ұлжан Байбосынова ne fait pas revivre le passé : elle le tient debout. Elle chante les héros de la steppe avec la voix qu'ils auraient eue, et cette voix, elle l'a obtenue d'un maître, puis portée seule sur des scènes où personne n'attendait une femme.


 

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